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Auto-entrepreneur, un statut perfectible ?

"Il est dangereux de laisser croire que choisir le statut d’auto-entrepreneur suffit à s’auto-proclamer chef d’entreprise"

Jerry Gras
Dirigeant de l’entreprise de génie climatique et thermique l’Abraysienne, membre du bureau de la CCI du Loiret et co-président de sa commission Création-Transmission dont la vocation est de stimuler les échanges entre chefs d’entreprise, créateurs, repreneurs, représentants des ordres professionnels, organismes professionnels et financiers. Porte depuis de nombreuses années l’une des dix actions prioritaires de la CCI du Loiret : assurer la pérennité du tissu économique par la création, la reprise et la cession d’entreprise.

Vous avez été précédemment assez critique vis-à-vis du dispositif de l’auto-entrepreneur, son succès vous a-t-il fait changer d’opinion ?
Ce dont je suis convaincu, c’est que le statut d’auto-entrepreneur, s’il vient en complément d’une activité salariée et qu’il est assez encadré, me paraît être une bonne idée. Par contre, je trouve qu’il est dangereux de laisser croire que choisir le statut d’auto-entrepreneur suffit à s’auto-proclamer chef d’entreprise. On voit déjà naître plusieurs types de problèmes : on exige de certains professionnels des diplômes, des garanties, qu’on ne demande pas aux auto-entrepreneurs ou alors qu’on ne contrôle pas. Qu’en est-il en matière de responsabilité civile ? Qui protège le client et qui indemnise en cas de dégradation ou d’accident survenu lors d’une prestation -type taille de haie effectuée chez un particulier ? Pourquoi à service égal un auto-entrepreneur ne devrait-il pas facturer de TVA et pratiquer des prix plus bas ? C’est de la concurrence déloyale vis-à-vis de tous ceux qui sont en place et qui ont créé leur entreprise selon le processus classique.

Les chiffres tendent à prouver que le nouveau statut suscite un véritable engouement…
Avant de parler de succès, il faudrait avoir un peu de recul. Il y a du succès à l’inscription, mais attendons de faire les comptes dans 4 ou 5 ans. J’espère que le soufflé va retomber et qu’on va revenir au bon sens. La Fédération nationale du Bâtiment commence à constater quelques dérives, l’Artisanat aussi… Sans compter qu’on parle peu des effets pervers du dispositif pour l’auto-entrepreneur lui-même : quand on paye peu de charges, on est aussi peu couvert… combien de temps peut-on exercer une activité sans vraie couverture maladie ou sans ouvrir de droits à la retraite ?

Pour faciliter et simplifier les formalités liées à la création, un guichet unique est lancé fin 2009, une bonne chose à vos yeux ?
Je ne sais pas encore précisément ce que permettra ce guichet, néanmoins, j’ai toujours dit que je n’étais pas pour une simplifi cation administrative à outrance dans le domaine de la création. Je n’ai jamais entendu dire que quelqu’un avait renoncé à créer son entreprise à cause de formalités excessives ! L’image du parcours du combattant associé à la création d’entreprise, c’est une idée reçue. Bien sûr il y a des démarches à accomplir, mais elles ne sont pas insurmontables et sont même nécessaires. Il y a quelque chose d’initiatique dans le parcours du créateur, chaque étape est utile pour bien comprendre tous les rouages. Tous les acteurs fédérés au sein du RCOL (Réseau Création Orléans Loiret), dont la CCI, sont structurés et compétents pour accompagner au mieux les créateurs selon leurs spécifi cités. Tout réduire au guichet unique, ça généralise l’action mais ça la rend certainement moins qualitative… et trop simplifi er la création, ça ouvre aussi la porte à plus de fraudes.

De quoi les créateurs d’entreprise ont-ils le plus besoin ?
Plutôt que de se focaliser sur la création d’entreprise, il faudrait revoir le droit du travail et alléger la gestion administrative des entreprises. Si l’idée est de favoriser l’emploi, il faudrait par exemple moins taxer l’entreprise dans ce domaine et de manière durable. Si on continue sur cette ligne, on va vers ce qui se passe en Grande-Bretagne, où les gens cumulent de nombreux petits boulots mal payés… L’économie, c’est bien plus compliqué qu’une recette miracle.

C'est d'actualité !

Une plate-forme de services pour les auto-entrepreneurs a été lancée par Hervé Novelli, secrétaire d’État, le 3 juin dernier. Créée par l’Union des auto-entrepreneurs (UAE), elle devra aider les nouveaux chefs d’entreprises et les accompagner dans la création, la gestion et le développement de leurs activités.
www.union-autoentrepreneur.com

Un guichet unique de la création d’entreprise sous la forme d’un portail Internet doit être opérationnel fi n 2009. Transposition d’une directive européenne relative aux services et en application de la Loi de Modernisation de l’Économie, ce guichet permettra aux entrepreneurs, dès 2010, de créer leur entreprise en ligne. Dans une 2ème étape ils pourront accomplir via Internet toutes les procédures et formalités nécessaires à leur activité. La gestion du portail, partenariale, s’appuiera sur les actuels Centres de Formalités des Entreprises.
http://tinyurl.com/l4rp4a

(Auto)-entrepreneur : une « révolution culturelle » ?

Plus d’un Français sur 3 s’imagine auto-entrepreneur : c’est ce qui ressort d’un récent sondage mené par l’Union des Auto-Entrepreneurs (UAE) et l’Agence pour la création d’entreprises (APCE). Désormais « incontournable dans le paysage économique et entrepreneurial français », le régime de l’auto-entrepreneur doit son succès à sa simplicité : activité facile à démarrer (70 % des personnes interrogées), démarches administratives simples (68 %) et régime fi scal progressif (50 %). Cerise sur le gâteau, le paiement de taxes une fois le chiffre d’affaires réalisé. Autre atout plébiscité : la multiplicité d’activités que permet le statut d’auto-entrepreneur. 36 % des Français seraient prêts à tenter leur chance pour « exercer une activité qui les passionne », « gagner un peu plus d’argent », et « être leur propre patron ».

François Hurel, président de l’UAE, s’est insurgé « de la litanie des effets pervers ou des effets d’aubaine de ce régime et toutes les plus mauvaises raisons pour brimer les bonnes volontés » (1). Il rappelle que l’UAE aura pour vocation de mettre l’accent sur la professionnalisation des auto-entrepreneurs, la charte des adhérents étant un premier garde-fou. François Hurel n’hésite pas à parler de « révolution culturelle » quand il constate « une telle appétence des Français pour l’initiative individuelle et la prise de responsabilités ». Il plaide pour plus d’indulgence envers un modèle « souvent complémentaire à un autre régime, à une activité normale, ou transitoire vers la création d’entreprise », certes perfectible mais qui ouvre de réelles perspectives.

(1) Arrêtons de tirer sur l’auto-entrepreneur – La Tribune.fr 13.05.2009

Mention obligatoire à ajouter pour l'utilisation de tout ou partie de cet article :
Loiret Eco n° 24 - septembre 2009
Rédactrice en chef : Gaëlle Lepetit

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