Loiret Eco

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Petit éloge de la proximité

La proximité est dans l'air du temps : elle évoque le voisinage, la vie de quartier, les liens qui se tissent, une manière de complicité entre les êtres. Elle véhicule des valeurs non seulement économiques, mais aussi sociales et humaines. D'où l'importance du commerce de proximité, pour continuer à faire battre le coeur de nos villes et villages.

La chronique d'Anne-Marie Royer-Pantin
Ancienne élève de l’École normale supérieure, médaille d’or de l’Académie d’Agriculture de France pour son oeuvre littéraire et son action culturelle en faveur du patrimoine, Anne-Marie Royer-Pantin est écrivain, auteur d’essais, d’ouvrages d’histoire et de nombreux travaux sur le patrimoine local et régional. Sa chronique « Passés composés » propose un éclairage différent du présent et du devenir économiques de notre département, à la lumière d’un passé riche d’expériences originales et fructueuses, de belles aventures et de réussites exemplaires.

Quel est le point commun entre l’échoppe d’antan et la vitrine moderne, entre l’étal médiéval et le concept-store dernier cri, entre l’épicerie 1900 et la supérette actuelle ? La proximité – qui définit un réseau de relations proches, une économie dont la zone de chalandise est limitée, mais personnalisée, ouverte et souple. Cette économie de proximité a toujours eu une fonction essentielle dans le quotidien des habitants de notre territoire, qu’ils soient citadins ou ruraux.
Le commerce est, avant tout, une histoire de relations, de rapprochements, d’échanges en direct : le mot, dans son sens premier, désigne les relations humaines, la sociabilité – il ne faudrait pas l’oublier. Et le commerce de proximité, plus que tout autre, repose sur ces principes, depuis toujours. Ainsi, dans les villes du Loiret très tôt dotées de foires et marchés importants (les anciennes halles de Lorris, d’Aschères, de Bellegarde ou de Puiseaux en sont les vivants témoignages), le petit commerce a été le moteur de l’animation et l’organisateur des temps forts. Les marchés y ont fait figure, au cours de siècles, de principaux lieux de convivialité, d’aubaine et de plaisir, autant que de transactions et de circulation des produits. Orléans, qui possédait des foires parmi les plus anciennes de France, comptait plusieurs marchés quotidiens, nettement spécialisés ; et l’on constate que, jusqu’aux 16e et 17e siècles, les marchands forains venant directement à la rencontre des chalands y ont été plus nombreux que les marchands dits « stationnaires » c’est-à-dire sédentaires. Ainsi s’entretenaient des relations très étroites entre commerçants et clients, entre ville et campagne. L’autre caractéristique de ce type de distribution traditionnelle était l’esprit de coopération, le sens de la vie collective et de l’association. Nées de nécessités et d’intérêts communs sous l’Ancien Régime, les corporations de commerçants et d’artisans, dans la province orléanaise, étaient nombreuses, actives et bien organisées, représentant une force véritable avec laquelle il fallait compter.
Adaptabilité, mobilité, regroupement des forces et des actions, coordination des efforts, intégration dans le tissu local, personnalisation des conseils et des achats : tous ces vieux principes, sur lesquels le commerce de proximité s’est appuyé au cours de son histoire, sont plus actuels que jamais et restent fondamentaux, même si ce secteur commercial a dû se réorganiser, innover et édicter de nouvelles règles du jeu pour répondre aux changements de la société.
Aujourd’hui comme hier vecteurs de vitalité et convivialité, facteurs de cohésion sociale, les commerces de proximité privilégient l’environnement humain ; ils se juxtaposent, s’épaulent, se diversifi ent, se complètent sans se contrarier, s’adaptent aux mutations du cadre urbain et des modes de vie, dans des coeurs de ville embellis que se réapproprient avec bonheur les piétons. Ils dépassent la simple stratégie commerciale pour nouer des relations directes avec la clientèle : c’est la sociabilité à l’oeuvre. Et c’est la meilleure carte à jouer dans un contexte toujours plus concurrentiel.

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Loiret Eco n° 30 - Avril 2010
Rédactrice en chef : Gaëlle Lepetit

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